[CHRONIQUE] Révolutionnaires (Bob Dylan - Bringing it all back home, 1965/ James Brown - 20 All time greatest hits, compilation)
On peut ne pas supporter la voix nasillarde, l’harmonica approximatif, les textes impossibles à décrypter pour le francophone lambda du premier, la mégalomanie, le sale caractère et les albums à moitiés finis du second, il est impossible de ne pas reconnaitre le rôle révolutionnaire dans la musique populaire de l’un et de l’autre.
Ce n’est pas excessif : en électrifiant la musique folk, acoustique et engagée, et en y injectant une bonne dose de poésie surréaliste, Dylan invente un genre et emmène le rock dans une nouvelle dimension. Pour, James Brown, sa recréation de la soul music et du rythm’n blues, basée sur une rythmique ominprésente, est du niveau de ce que Stravinski a pu faire avec un orchestre symphonique. En utilisant guitare et cuivre en appui de la section rythmique basse/batterie traditionnelle, il crée le funk et ses multiples avatars : disco, rap, trip-hop ,…
Pour Dylan, Bringing it all back home est un jalon ( on aurait pu choisir son jumeau Highway -61 revisited, paru quelques mois plus tard) : il a branché la guitare sur le secteur et prend l’auditeur par la main pour un Subterranean Homesick blues beatnik et ébouriffant, truffé de références plus ou moins cryptées. She Belongs to me, ballade hommage à une muse insaisissable et libre, fait cohabiter de façon très subtile guitare électrique et harmonica roots, de même que dans le philosophico-zen Love Minus Zero , (« She knows there's no success like failure, and that failure's no success at all »). Outlaw Blues et On The Road Again tiennent tous deux l’auditeur sur une crète entre blues et folk, combinant une structure blues des plus classiques, un son très roots, et des paroles à la limite du compréhensible, dans le style d’un Jack Kerouac. Des générations de hippies ont quant à eux du s’abreuver à la source de Bob Dylan’s 115th dream (qui commence par un fou mémorable fou rire avant d’entrainer l’auditeur dans un délire surréaliste). Bringing it all back home est aussi l’album d’un hymne, Mr Tambourine Man ; qui ouvrira l’ère du folk rock avec sa reprise par les Byrds. Un manifeste révolutionnaire donc, une borne pour les sixties et le rock en particulier, puisqu’il combine l’électricité du rock n’roll avec l’esprit du folk engagé, y infusant poésie et rebellion bohème, créant ce qui n’est plus le rock’n roll mais le rock, la musique des baby boomers, et préparant le terrain aux contestations à venir (la diatribe It’s alright, Ma, « Money doesn't talk, it swears »)
Pour Jaaaames, impossible de retenir un album dans sa discographie pléthorique : en général un titre révolutionnaire (Papa’s Got A Brand New Bag, Cold Sweat), y est agglutiné avec des reprises pas toujours aussi réjouissantes. La compilation 20 all time Greatest Hits est un recueil de chefs d’œuvre, faisant se rejoindre les musiques noires de toute les époques : doo wop, R&B et rock’n roll fifities (Please, please, please, Try Me, Think, Night Train, , dans la lignée d’un Little Richard ou d’un Fats Domino, soul plus ou moins engagée sixties (It’s A Man’s Man’s Man’s World, Say It Loud, I’m Black and I’m proud,), funk torride seventies (Mother Popcorn, Give it Up Or Turnit A loose, Make it funky), et même une prémonition du hip hop des années 80 (Get Up, Get On The Good Foot). Les années 90 ne seront pas en reste, The Payback se retrouvant par exemple samplé par Massive Attack sur l’album Protection. Peu d’artistes ont pu ainsi se réinventer sur une période de 40 ans.
Outre ses qualités d’entrepreneurs et de meneur d’hommes un poil tyrannique , JB possède deux talents innés : le génie de l’innovation rythmique, et une technique vocale polymorphe, venu d’une voix rauque capable de feulements les plus intimes comme des rugissements les plus sauvages.
Prenons son plus grand tube « I Got You » , plus connu sous le titre (I Feel Good). Qu’entend-on en 2minutes 47 ? Une éructation (0 :00), un son aéré (0 :02),des cuivres jazz (0 :02°) un basse virtuose bien en place (0 :02), des petits accords de guitares très secs épaulés par des petits trais d’orgue Hammond B3 en contretemps (0 :02), un break (0 :14), une montée de cuivres (0 :18), un solo de sax destructuré (00 :42), un roulement de caisse claire mitraillé (00 :46), un triple salto vocal (00 :50), un nouveau break relancé par un coup de tom (1 :00) , un second solo de sax (1 :20), etc… etc… jusqu’à la montée descente et tutti final (2 :45)
La descendance de ces deux là est immense. Sans Dylan, pas de Beatles période Revolver, pas de Byrds, de Neil Young, de Leonard Cohen, de Bruce Springsteen, de Lou Reed, ni même de Francis Cabrel et d’Hughes Aufray. Et sans James Brown, pas de Sly Stone, Parliament/Funkadelic, Isaac Hayes, Mickaël Jackson, Tina Turner, Prince, Neneh Cherry, Massive Attack… sans compter tous les rappeurs à l’avoir samplé . Son titre Funky Drummer a ainsi servi de base à 1563 morceaux, parmi lesquels ceux de Public Enemy, Jay-Z, NWA, Run DMC, De la Soul, Ed Sheeran... et ce n’est pas prêt de s’arrêter…
Bob Dylan - Subterranean Homesick blues , le clip d'origine (1965)
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James Brown - Papa's Got a Brand New Bag , (1965), le funk est né et le moonwalk avec...

