[CHRONIQUE] Intemporels Indépendants (The Smiths - Strangeways Here we Come, 1987 et R.E.M - Out Of Time, 1991)
Vaste fumisterie que l’étiquette « Rock Indépendant » qu’on affubla à certains artistes dans les années 80/90 sous prétexte que leur compagnie de disque n’était pas une « major » ! Quels points communs à part ça entre la dream pop des Cocteau Twins, le hardcore des Pixies, la noisy pop de Jesus & Mary Chain, le psychobilly des Cramps, l’electropop de New Order ?
Pourtant – pourtant – parmi tous ces groupes, deux méritent définitivement le qualificatif d’indépendants, (bien qu’ils finirent tous deux par signer dans des majors) : les américains de R.E.M et les anglais The Smiths. Deux groupes beaucoup plus proches qu’il n’y parait, dans leur parcours, leurs influences et leur démarche.
Leur parcours d’abord : REM débuta à Athens (Georgie) 1981 et fut rapidement la coqueluche des college radios, un public de connaisseurs jeunes et lettrés. Ils signèrent sur le label IRS et connurent assez vite un succès critique puis commencèrent à toucher un large public (albums Document puis Green) . The Smiths the formèrent à Manchester l’année suivante et signèrent chez Rough Trade. Ils eurent rapidement un vif succès chez les jeunes branchés (l’underground…) puis dans les charts britanniques (album Meat Is Murder notamment). Le contexte et certains de leurs textes en firent aussi des groupes emblématiques d’une réaction de la jeunesse aux années Reagan pour REM (nombreux textes pacifistes et écologistes en particulier) et aux années Thatcher en Angleterre (quoique les textes de Morrissey soient plutôt introspectifs)
Deuxième point commun : ce sont tous deux des quatuors chant/guitare/basse/batterie, emmenés par des chanteurs extrêmements charismatiques et expressifs (Mickael Stipe et Steven Morrissey), et secondés par de brillants guitaristes (Peter Buck et Johnny Marr) amateurs de Rickenbacker cristallines et d’arpèges à la Byrds, mais très peu de solos grandiloquents. Ajouter à cela l’absence de synthétiseurs , omniprésents à l’époque chez la plupart des grands groupes – à l’exception notable de U2. Leur musique est à la fois très personnelle (le son des Smiths, à la fois modeste, tout en dentelle et pourtant sans comparaison avec d’autres groupes de la même époque) mais elle sait en même temps tout ce qu’elle doit aux aînés des années 60/70 , non pas Led Zeppelin ou le Pink Floyd mais plutôt à des groupes de spécialistes : les Byrds et leur folk pop cristalline en premier lieu, mais également le Velvet Underground, Big Star ou Television (pour REM), les New York Dolls ou Bowie (Smiths)…
Leur influence sur les générations suivantes fut également très importante, plus parfois sur le plan de la démarche que du point de vue stylistique : Pavement , Nirvana ou Radiohead revendiquent la filiation REM , tandis qu’une génération entière de groupes anglais se réclament des Smiths (Oasis, Artic Monkeys, Suede…).
Les deux albums cités ici sont parmi leurs plus marquants. Strangeways Here we come (1987) est le dernier album des Smiths, paru alors qu’ils se séparaient. Il se distingue de ces prédécesseurs par un son plus étoffé et des compositions aux styles variées. Quasiment rien à jeter sur cet album qui s’ouvre sur le pseudo ska "A Rush and a Push and the Land Is Ours" puis enchaîne avec un sublime et très glam I started something I couldn't finish , puis les plus dramatiques Girlfriend In a Coma et Death of a disco dancer. Suivent deux chef d’œuvres : Stop me if you think you heard this one before et Last Night I dreamt that somebody loved me , une balade qui est probablement le plus beau titre des Smiths. La seconde alterne titres caustiques (Unhappy Birthday) ou crépusculaires (I Won't Share You, Paint a Vulgar Picture ). Une constante sur cet album : les qualités d’interprétation de Morrissey, à son top.
« Out Of Time » de REM (1991) tient également une place à part dans leur discographie. S’il peut paraitre moins abouti qu’ "Automatic for the People" paru l’année suivante, il est l'album qui imposera REM dans les charts. Très acoustique, champêtre, avec des timbres inattendus (mandolines, cordes pincées et frottées), la première partie de l’album alterne tubes ensoleillés ( Losing My Religion , Shinny Happy People) et morceaux plus sombres (Low), La fin de l’album est un vrai bouquet final : l’ excellent « Half A World Away » (une de leurs plus belles mélodies), les plus roots « Texarkana » et "Country Feedback" et aussi les très pop Me In Honey. Un disque solaire ,d’une grande sincérité, limite « bio », un peu le « Harvest » de leur discographie.
Avec ces deux classiques des années 80/90, REM et les Smiths inventent un son et une attitude nouvelles, très en phase avec son époque. Sans s’opposer radicalement aux courants dominants des eighties, il réussiront à les supplanter comme un judoka le fait de son adversaire , avec le respects dû aux ancêtres. En cela ils seront typiques de cette génération, qui ira de plus en plus en recyclant, mais avec souvent bien moins de personnalité et de talent.
Indépendants probablement, intemporels sûrement.
Chronique Strangeways ici : http://www.destination-rock.com/albums/album-strangewayshere.html
Chronique Out Of Time ici : http://www.clashdohertyrock.fr/archives/2011/10/16/17738328.html
The Smiths : I started something I couldn't finish
The Smiths : Last Night I dreamt that somebody loved me
En concert (2005) . Il s'est un peu empâté (cf par rapport au premier clip) mais la voix est toujours là !
REM : Half A world away
Une très belle version acoustique
REM feat. Neil Young: Country Feedback
Idem, avec l'inoxydable Loner. Une version supérieure à l'original, comme souvent les chansons de REM en live.

