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28 avril 2012

[CHRONIQUE] La fin du rock - (Nevermind - Nirvana, 1991 et OK Computer - Radiohead, 1997)

nevermindok-computer

Longtemps, certains ont pu considérer ces deux pierres angulaires du rock des années 90 comme une renaissance du rock, après tant d’années dominées par l'eurodance et autres daubes du même accabit. Nirvana et Radiohead, typiques représentants de la Génération X ,arrivent en effet sur le devant de la scène alors qu’elle est occupée respectivement par le hard rock FM de la fin des années 80 et par la dance (avatar commercial de la techno/house) au milieu des années 90. Alors qu’on croyait le rock enterré, ils arrivent à faire croire qu’il bouge encore.

A posteriori, il semblent plutôt que ces deux albums essentiels représentent la fin d’un cycle, une sorte de synthèse , de solde de tout compte.

Je m’explique – mais comme dit le sage, un dessin vaut cent mots :

rock

Comme on le voit , la musique qu’on appelle le rock s’organise dès les années 60 en trois pôles : le blue-rock (Rolling Srones, pour simplifier), Pop (Beatles, Beach Boys, Byrds), et un genre plus obscur, le Garage rock – obscur du fait que ses adeptes le pratique justement dans leur garage. Contrairement à la Pop, qui fait la part belle aux harmonies et aux mélodies, ainsi qu’aux timbres des instruments, ou au blues-rock, qui puise aux sources du blues électrique des années 40/50, le Garage rock prône un retour au source du rock’n roll de Chuck Berry ou Eddie Cochran, avec des moyens limités et un son « sale », caractérisé par l’utilisation de guitares saturées. Le Garage rock donnera en ligne directe le Punk Rock via un groupe comme les Stooges, qui connaîtra son heure de gloire en 1977, en incorporant un contenu politique plus ou moins anarcho-gauchiste,en particulier en Angleterre.

Il influencera également directement la génération dite « new wave », galaxie de groupes se voulant plus ou moins d’avant-garde, inspirés également par divers mouvement des années 70 comme le glam-rock ou le krautrock. C’est d’un des sous genres de la new wave que provient directement Nirvana, plus précisément du hardcore, représenté par des groupes comme Husker Dü et les Pixies. Ces deux formations américaines ont innové en mixant l’énergie primitive du punk rock, les mélodies immédiates et les formats courts de la pop la plus classique, et différents plans piqués tantôt à la surf music, tantôt au hard rock de Led Zeppelin (des alternances de chaud rès chaud et de froid très frois dans un même morceau). On entend très bien tout ça sur In Bloom, Lithium, Come As you are ou Drain You.

Nirvana ira plus loin dans cette optique en recalcant sur une base type Pixies des harmoniques (tritons, powerchord et quintes diminuées) et des riffs de guitares provenant en ligne directe du Heavy Metal, sous genre du hard rock inventé par Black Sabbath à la fin des années 60 et poussé au paroxysme (du point de vue niveau sonore et vitesse d’exécution) par Metallica dans les années 80. L'attitude négligée du trio de Seattle, le single « Smells like Teen Spirit », l'anticonformiseme achèveront d'associer Nirvana à la GénérationX, en leur collant l'étiquette "Grunge".Musicalement, leur contribution aura été de réconcilier deux genres n’ayant en commun que l’utilisation de guitares saturées : les punks (Nevermind est une référence au premier album des Sex Pistols) et leur attitude marginale, et les métalleux, avec leur cortège de références ésotériques et leur improbables tignasses peroxydées.

Deux ans plus tard, c’est au tour de Radiohead de décrocher la timbale avec un hit 100% grunge : « Creep ». Mais les musiciens de Radiohead sont plus éclectiques que cela. Paru en 1998 ; leur chef d’œuvre OK Computer en est la preuve. Dans une lignée « post punk » typique (chant plaintif, quelques claviers, des ambiances oppressantes, allusions au son de U2), les anglais d’Oxford vont également réconcilier le punk rock avec une branche jusqu’alors totalement méprisée : le Rock Progressif, fondé à la fin des années 60 par King Crimson et Pink Floyd, voué au gémonies par les punks dans les années 70. Souvenez vous : ces sons planants, ces morceaux aux constructions alambiquées et aux textes abscons, ces nappes de claviers…

Qu’on en juge : les 6 minutes déstructurées de Paranoid Android,  la construction en escalier de Let Down, les nappes de Mellotron sur Exit Music, la variété des timbres (No Surprises), les plages planantes (The Tourist)…

A partir de cet album, probablement un des meilleurs des années 90, on peut vraiment dire que la boucle est bouclée. D’ailleurs, si on regarde les disques marquant des années suivantes , on est bien en peine de trouver autre chose que des redites- parfois géniales - qu’il s’agisse de Coldplay (soft-rock), The Strokes ou The White Stripes (Garage-rock)… Les seules vraies innovations viennent finalement de ceux qui ont eu l’audace d’ étendre leur palette sonore jusqu’à sortir du cadre de ce qu’on appelait le rock (Sigur Ros par exemple).

En écoute sur Deezer: http://www.deezer.com/music/nirvana/nevermind-1262050 (Nevermind) et http://www.deezer.com/music/radiohead/ok-computer-collector-s-edition-302889 (OK COmputer)

Autre Chronique ici : http://www.albumrock.net/critiquesalbums/nirvana-nevermind-996.html (Nirvana)

http://www.indierockmag.com/article5774.html (Radiohead)

 

Nirvana - In Bloom (live)

 

 

Nirvana - Lithium (live): le public ne sait pas s'il doit pogoter ou secouer la tête...

 

Radiohead - Exit music: toute analogie avec King Crimson est fortuite

Radiohead - No surprises , un de leurs plus beaux titres

 

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Commentaires
R
Oui un peu comme le jazz dans les années 70, on a toujours d'excellents groupes mais qui recyclent plus qu'ils n'innovent.<br /> <br /> Exemple : les Black Keys, excellents, mais ça reste un mélange de roots rock comme le pratiquait déjà Creedence dans les années 60.<br /> <br /> Mais peut être quelque chose de nouveau va-t-il surgir à nouveau...
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B
tout a fait d'accord depuis les années 2000 rien de nouveau ,que de la redite <br /> <br /> quand on a connu l'éffervescence du debut des 90's les années 2000 sont bien fades <br /> <br /> dans le meme sens on pourrait dire que la brit pop a aussi terminé un cycle pour la musique anglaise
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