[CHRONIQUE] La boîte de Pandore (Cocteau Twins -Treasure , 1984)

Treasure – Le trésor- Les joyaux de la couronne – Glockenspiel – Chants éthéres – Basse atmosphérique – cri primal – voile diaphane – chanson pour une sirène– Mary Poppins – Baie des trépassés – Monts d’Ambazac – Lande écossaise – nimbes - aérien– gothique – dream pop …
Treasure,(l’)album essentiel des années 80, c’est tout ça à la fois.
Chef d’œuvre d’un trio écossais, les Cocteau Twins, hâtivement catalogués dans la catégorie new wave, composé de Liz Fraser au chant, Robin Guthrie aux guitares et claviers et Simon Raymonde à la basse. Trois quasi autodidactes. Une combinaison étonnante et détonante : les boucles de guitares et nappes synthétiques créent des ambiances allant du féérique à l’oppressant, doublées pa r des lignes de basse souvant décrites comme « atmosphériques » (sur Beatrix notamment on en a un bel exemple). Sur ce fond sonore – utilisant aussi pas mal les effets de percussions électroniques - se pose le chant de Liz Fraser, la « diva new wave ». Virevoltant des basses aux aigus les plus strident, dédoublant sa voix., on a souvent l’impression qu’il y a trois chanteuses sur Treasure, déclamant des « textes » obscurs, aux paroles indéchiffrables (les mots sont agencés en fonction de leur sonorité) :
Peep-oh, Peach blow, Pandora, Pompadour
Pale leaf, Pink sweet, Persephone, Near our ivo
Peep peep-oh, Bit animal, Peep peep
He didn't deal, little rito, Peep peep-oh
With the part animal, Peep peep, Near our ivo
(Ivo)
Liz Fraser se distingue par une expressivité unique dans le monde du rock, chuchotant des comptines mystérieuses, pour passer le couplet suivant à des exclamations primales. Une Yma Sumac post punk.
La tracklist : 8 prénoms, pour 8 chef d’œuvres :
Ivo- Lorelei –Beatrix – Persephone – Pandora – Amelia – Aloysius – Cicely – Otterley -Donimo…
Ivo : met tout de suite dans l’ambiance du disque , tout en boucles de guitares acoustiques et sons brillants, paroles absconses sur une mélodie évidente . Féérique. Lorelei : très « noisy_pop », encore une grande performance vocale. Beatrix : le chef d’œuvre, ambiance théâtrale (médiévale ? orientale ?) , partie de basse d’anthologie, envolée lyrique grandiose sur la fin. Un titre d’île déserte. Persephone, contraste chaud/froid avec le titre précédent, beaucoup plus « new-wave » (riffs de guitare, percussions âpres, chant yodelisant de Liz Fraser). Pandora : plage calme et appaisée, vocalises en mille-feuille. Amelia et Aloysius, plages pop, chant fluide et flûté. Cicely, plus enlevé, tout en contrastes. Otterley , plage relaxante, ambient, en arpèges de guitare et murmures. Donimo : l’autre grand titre du disque, commence avec une mélodie aérienne qu’on croirait sortie d’une comédie musicale américaine des fifties, puis bascule sur un final hallucinant (basse vrombissante et arabesques vocales).
Donimo clôt de la plus belle façon l’album le plus accompli des Cocteau Twins, le plus riche de sonorités et d’ambiances, tout en étant d'un grand équilibre (chaque morceau fonctionne par contraste avec le précédent). Sans aucun doute mais le plus inventif du trio. Intemporel, mystique, onirique, indispensable.
Ivo: composée en hommage au boss de leur label (4AD)
Lorelei : un manifeste noisy pop, en live (rare)
Beatrix : respect
Donimo
Une autre chronique
http://fr.metalship.org/albums/14009-Treasure
Deux liens consacrés au déchiffrage et à la signification de paroles de Cocteau Twins :
http://cocteautwins.etherweave.com/index.html
http://www.cocteautwins.com/html/dynamine/lyrics.html