[CHRONIQUE] La Belle Noiseuse (Equinoxe - Jean-Michel Jarre, 1978)

L’éternel oublié des classements et des discothèques idéales... S' il ne s’agit pas de rock, il s’agit assurément de musique amplifiée, et par-dessus le marché d'un des albums de musique française les plus vendus de tous les temps (8 à 10 millions d’exemplaires, suivant les sources). S’il ne s’agit pas de rock, s’agit-il de musique savante, JMJ ayant été à bonne école (fils d’un compositeur de musique de film réputé, il fut aussi élève de Pierre Schaeffer …) ? Pas davantage. Les compositions relèvent plus de la musique hypertonale que du dodécaphonisme : on est en présence d’un cas assez inédit de musique populaire, où des paysages sonores inédits ont été adoptés massivement par le grand public. C’est bien remarquable que JMJ ait réussi à toucher un public aussi colossal sans vraiment s’inscrire dans un courant musical existant. Avant lui, personne n’avait tenté cet assemblage de sonorités synthétiques, compositions complexes mais fluides et mélodies lumineuses. Il est d’ailleurs aussi difficile de trouver des précurseurs à Equinoxe (Jarre compose plutôt en réaction aux formations de musique allemande électroniques -Tangerine Dream ou Kraftwerk) que des continuateurs (Air et la french touch ? du vent !). Comme le Facteur Cheval , collectant cailloux et pierres polies pour composer son Palais Idéal, à l’écart des académiques mais toujours aussi apprécié des visiteurs, Jarre a composé une vraie Œuvre d’Art , ni académique , ni élitiste, parfois naïve - au sens artistique du terme - utilisant un palette de timbres très vaste issus de machines vintage aujourd’hui obsolètes (ARP2600, VCS, Mellotron, Eminent).
Il est donc urgent de re considérer à sa juste valeur Equinoxe, son chef d’oeuvre Six compositions enchaînées, dont les sons de synthèse analogique évoquant les éléments (la mer, la pluie, le vent, l’orage) gardent une chaleur tout à fait particulière, et prend même en vieillissant une patine très intéressante. Equinoxe s’ouvre sur une introduction cosmique, puis s’enchaîne à la partie 2, un passage calme, où les nappes d’orgue Eminent se superposent, sur fond de sons fluctuants (probalement des VCS3 en autooscillation). Ce morceau évoque un navire voguant paisiblement sur des nappes de Mellotron, avant d’arriver en territoire hostile au milieu de chants de sirènes synthétiques. Rupture de climat avec la part 3, ses tempi changeants et ses arpèges, ses timbres brillants ou liquides (cloches, bulles, …). A la fin de la part 3, encore un enchaînement chiadé vers la part 4 à la rythmique enlevée et à la mélodie limpide. Une trouvaille sonore toutes les cinq secondes, une occupation de tout le spectre sonore, des basses profondes aux envolées les plus aigües, des strates synthétiques qui se superposent, une palette de timbres liquides... Un must qui clot la première face de la version vinyle. La partie 5, archi connue elles aussi, est un peu plus convenue, limite scie - mémorable en tout cas. Là encore, feu d’artifice d’effets en stéréophonie, et transitition impeccable vers la part 6, et ses leads typiquement analogiques : en scie, carré et autres triangles. Un solo de basse synthétique prépare le passage vers la part 7, la plus complexe de l’album . Le final (part8) est particulièrement émouvant pour de la musique électronique. La fanfare jouant sous un orage, la sonnerie aux morts sous la pluie et les derniers accords font oublier qu’il s’agit de sons de synthèse.
Avec ses différentes atmosphères et son évocation des forces telluriques, Equinoxe est une composition inclassable, à ranger à côté d’une Alpensymphonie (R. Strauss) par exemple. Unique et jamais égalé.
Equinoxe IV - les clips de Jarre ont moins bien vieilli que la musique ...
Jean Michel Jarre - Equinoxe IV par noyau
Equinoxe VII
En live récent à Londres (2010)
Jean Michel Jarre Equinoxe 7 - London 10 10 10... par mickael-53
Equinoxe VIII "L'Orchestre sous la pluie". J'avais 4 ans lors de la première écoute ...
Une autre chronique : http://www.clashdohertyrock.fr/archives/2010/04/22/17644520.html
http://jeanmicheljarre.unblog.fr/2006/09/04/equinoxe-1978/